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La responsabilité sociale de l’entreprise : le temps des « makers »

« Seul un engagement fort, lié à des partenariats et une coopération au niveau mondial, peut permettre de réaliser les Objectifs de développement durable. » L’entreprise n’est plus un spectateur-financeur du développement durable mais en devient un acteur-financeur « contraint » d’apprendre pour innover, « obligé » d’évaluer et d’échanger.

« Seul un engagement fort, lié à des partenariats et une coopération au niveau mondial, peut permettre de réaliser les Objectifs de développement durable. »

Les entreprises se sont saisies de cet objectif nº17 des Objectifs du Développement Durable pour réaffirmer leur rôle dans la protection de la planète et l’éradication de la pauvreté. L’importance donnée au mot partenariat ne peut pourtant être assimilé à un blanc-seing qui permettrait aux entreprises de participer à l’effort planétaire sans redéfinir les objectifs qu’elles assignent aux partenariats avec la société civile. Le risque d’une « privatisation » du développement durable fondée sur une substitution des sources de financement doit être évité. Elle laisserait au secteur privé dans un contexte de baisse des dépenses publiques le soin de décider des financements nécessaires à la réalisation des objectifs du développement durable.

La définition de nouveaux partenariats met en question d’une part les schémas existants de la « responsabilité sociale d’entreprise » trop « lights » au regard des enjeux et d’autre part les modes de gouvernance de cette responsabilité sociale.

Les entreprises par exemple ont souvent par le passé délégué à des associations professionnelles le soin de définir les actions à mener dans « l’intérêt » d’une profession ou d’un secteur. Elles sont aujourd’hui en train de se réapproprier leur « responsabilité sociale ». L’entreprise n’est plus un spectateur-financeur du développement durable mais en devient un acteur-financeur « contraint » d’apprendre pour innover, « obligé » d’évaluer et d’échanger.

Le rôle des think tanks comme l’"action tank" en France est lui aussi en train d’évoluer. A mi-chemin entre l’inspiration et l’action, ils permettent aux entreprises de mieux comprendre les enjeux et accepter une nouvelle forme de partenariats dont la « rentabilité » ne sera plus liée à un « plus d’image » mais à un « plus d’impact ». Le temps presse et les objectifs du développement durable demandent des résultats rapides, évaluables et perceptibles au niveau local.

Il a longtemps été dit que les grands problèmes sociétaux ne pouvaient être résolus durablement sans une perspective de long terme. Ce n’est tout simplement plus acceptable, faute de temps…

Le temps n’est plus au faire savoir mais au faire.

En 1940, Paul Ricard donnait un formidable exemple du « faire » et de son impact direct sur les personnes et l’environnement. S’étant vu interdire par le gouvernement de Vichy de produire son pastis et plutôt que de mettre la clé sous la porte, il envoie ses ouvriers assainir la Camargue et produire du riz.

Les « makers » sont aujourd’hui en train de bouleverser à nouveau la responsabilité sociale d’entreprise.

Ils s’engagent pour combattre l’obésité et la sédentarisation, faire reculer durablement l’insécurité routière, favoriser la mobilité des plus démunis ou d’influer sur la pandémie de maladies non transmissibles.

Renault a conçu Mobiliz en partenariat avec l’Action Tank et implique directement ses salariés et ses garages dans une initiative originale qui redéfinit les frontières de l’action solidaire et du « social business ». Le succès ne tient pas à la définition de l’action mais à son impact.

Total fonde son action au niveau mondial sur un dialogue continu avec les parties prenantes locales non seulement pour permettre le développement de ses activités économiques et en limiter l’impact environnemental mais aussi et surtout pour définir de manière originale la place de l’entreprise dans la communauté.

Procter and Gamble a décidé d’ouvrir un centre communautaire donnant accès à l’eau potable et aux services d’hygiène et de lavage aux habitants du plus grand bidonville d’Afrique. Là encore c’est l’impact qui doit permettre de décréter le succès de l’initiative et décider de sa reproduction dans d’autres lieux.

La gouvernance de ces actions est aussi en train de changer en donnant un visage ou une multiplicité de visages à la responsabilité sociale.

Pernod Ricard a ainsi mis en place un fonds de responsabilité sociale alimenté par les engagements de ses employés qui a permis de financer un vaste projet – Safe Roads 4 Youth - dans trois pays et sur trois continents pour démontrer l’impact de stratégies de prévention auprès des jeunes de l’alcool au volant. Les partenariats qui se sont noués au niveau local, l’importance capitale donnée à l’évaluation, la gouvernance du projet impliquant les employés sont autant de bonnes pratiques qui montrent comment une entreprise prend en compte de manière transparente les attentes de la communauté et celles de ses employés en investissant dans le savoir-faire d’acteurs locaux.

Dans tous les cas, la visibilité du logo n’est plus la « raison d’être » de la responsabilité sociale.

L’entreprise n’est plus dans la recherche d’une approbation des parties prenantes mais dans la nécessité de créer de la valeur sociale avec les parties prenantes.

Loin des modèles médiatiques traditionnels, l’entreprise apprend à « se satisfaire » d’un impact local mesurable faisant sien les réflexions de Claude Levi-Strauss sur les véritables chaînes de causalité dans la protection de l’environnement:

« L’homme ne subit pas l’agression des nuisances, il les cause. Le droit à l’environnement dont on parle tant, est un droit de l’environnement sur l’homme non un droit de l’homme sur l’environnement. »

RESPONSABILITÉ SOCIALE DÉVELOPPEMENT DURABLE